25 novembre : Journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes
Action « banc rouge » au LIRL
« Nous sommes le PLV des Bonnes Femmes et nous rêvons »
Le projet de la Panchina Rossa (“banc rouge” en italien), né en Italie en 2016, symbolise la place vide laissée par les femmes assassinées par leur partenaire ou ex-partenaire. Il rappelle que le féminicide est une violence sexiste systémique, situé à l’extrême du continuum des violences sexistes et sexuelles, et appelle à la responsabilité collective pour prévenir et soutenir les victimes.
A l’initiative du bourgmestre Jean Spinette et de l’échevine de l’enseignement, Catherine François, en collaboration avec l’Ambassadrice d’Italie, S.E. Federica Favi, le Consul d’Italie, Francesco Varriale et les associations de la société civile italienne (Eduxo.EU et Comités Bruxelles, Brabant et Flandres), le projet est porté à Saint-Gilles par des élèves du LIRL, durant leur « atelier libre du vendredi ». Il s’articule autour des violences sexistes et sexuelles et a commencé un peu avant la semaine du 25 novembre (journée internationale pour l’élimination des violences faites aux femmes).
Elles travaillent sur un texte, disponible ci-dessous, qui traduit leurs réflexions autour des violences intrafamiliales et des violences de genre : « en parler et agir, c’est déjà un premier pas vers ce futur égalitaire ».
L’échevine de l’enseignement, Catherine François, s’en réjouit : « Nous préparons la démocratie émancipée et solidaire de demain en plaçant au cœur de nos priorités l’apprentissage de la liberté et de l’égalité dès l’école. C’est l’éducation et la formation qui rendent possible l’égalité réelle des droits et qui construisent l’égalité des chances. Il est donc essentiel d’orienter nos enseignements vers le respect et la promotion de cette égalité, afin qu’elle devienne un principe vécu et partagé par toutes et tous. ».
Jean Spinette, bourgmestre, souligne que « ce projet est le témoin que cette violence dépasse les frontières et que nous sommes toutes et tous concernés. La visibilisation dans l’espace public de cette thématique remet au centre la nécessité de briser le tabou de cette violence, trop souvent privée et invisible, notamment avec la mobilisation des étudiantes du LIRL qui agissent comme des actrices du changement ».
Inauguré le 16 janvier 2026, ce banc sera un rappel constant de cette réalité malheureusement actuelle et le témoin d’un engagement des élèves du LIRL, de la commune de Saint-Gilles, à travers son projet éducatif notamment, des associations de la société civile, des instances diplomatiques contre ces violences de genre.
Nous sommes le PLV des Bonnes Femmes et nous rêvons.
Poignardée puis brulée vive.
Le 03 janvier 2024, Stéphanie D, âgée de 43 ans a été poignardée à plusieurs reprises avant de rentrer dans sa voiture familiale pour tenter de s’enfuir. Son mari a alors mis le feu à la voiture laissant brûler vive Stéphanie. 7,9 et 11 ans c’est l’âge qu’avaient leurs enfants quand ils ont assisté à ce féminicide.
Un féminicide, c’est le meurtre volontaire d’une femme, une fille, une femme transgenre ou non binaire en raison de son genre et/ou de son sexe.
En gros, tu meurs parce que tu es une femme.
Toute les dix minutes une femme meurt dans le monde, victime de féminicide, alors même que nombreuses sont celles dont la mort n’a pas été reconnue comme telle. Encore actuellement, le féminicide n’est pas reconnu dans le monde entier. Il a longtemps été qualifié de « crime passionnel » offrant alors des circonstances atténuantes aux meurtriers, alors qu’il n’y a rien de passionnel dans un meurtre.
Nous sommes le PLV des Bonnes Femmes. Dans notre jargon lirlien, le PLV, pour Projet Libre du Vendredi, correspond aux ateliers qui ont lieu le vendredi après-midi, sur choix libre des élèves.
En tant que jeunes femmes, nous devons nous construire dans une société qui nous dégrade constamment, qui nous tire vers le bas, qui nous met dans des cases. Nous sommes révoltées par les conditions que nous impose cette fucking société patriarcale.
Nous avons décidé de nous réunir pour essayer de faire évoluer les choses, à notre échelle, au moins dans notre école.
Avec ce projet Banc Rouge, une première occasion de le faire nous a été offerte. Un vendredi de novembre nous nous sommes mises au travail avec nos pinceaux rouges dans la cour de l’école, nous avons peint ce banc en rouge, avec l’envie d’exprimer notre solidarité avec les femmes victimes de violence, avec l’envie d’utiliser cette action afin de sensibiliser les élèves, mais aussi les passants.
Mais pourquoi peindre un banc en rouge ? Parce que cette couleur évoque le sang versé par les victimes de féminicides. Parce que ce symbole est partagé par différents pays d’Europe et nous lie donc toutes, femmes, sœurs.
Nous sommes le PLV des Bonnes Femmes et nous rêvons.
Nous rêvons de pouvoir nous déplacer le soir en nous sentant en sécurité, que la façon dont nous sommes habillées n’impacte pas la façon dont on nous parle, dont nous sommes perçues. Nous rêvons que nos voix aient la même importance que celles des hommes, de pouvoir entreprendre autant de choses qu’eux, d’avoir les mêmes opportunités et les mêmes salaires. Nous rêvons que toutes les femmes autour du monde ne soient plus vues comme objet, comme propriété, qu’elles puissent s’exprimer en toute liberté. Nous rêvons de ne plus être attouchées, violées, battues, tuées. Qu’un féminicide soit reconnu comme le meurtre d’une femme pour la seule raison qu’elle soit une femme, que ce ne soit plus romantisé comme un crime passionnel.
Nous rêvons de rencontrer des hommes qui ne sont plus construits autour d’une masculinité virile, que les relations ne soient plus basées sur un schéma hétérosexuel toxique. Nous rêvons de ne pas devoir transmettre nos peurs à nos filles, que les enfants dans leurs écoles et leurs familles soient sensibilisés quel que soit leur âge, leur culture ou leur genre.
Nous rêvons. Mais nous ne voulons plus rêver. Il faut que nos rêves deviennent réalité. En parler et agir, c’est un premier pas vers ce futur égalitaire.
